Déprivation : quand quelque chose qui comptait a disparu
Il arrive que nous souffrions d'une absence sans toujours comprendre pourquoi elle prend autant de place dans notre vie.
Une séparation, la perte d'une personne, la fin d'une relation, un changement familial ou professionnel peuvent provoquer un sentiment de vide parfois difficile à expliquer.
Nous pouvons alors ressentir :
« Il me manque quelque chose, mais je ne sais pas quoi. »
« Depuis que cette personne est partie, je ne suis plus vraiment le même. »
« Je sais que c'est terminé, mais je n'arrive pas à tourner la page. »
« J'ai l'impression d'avoir un vide à l'intérieur. »
« Je cherche quelque chose pour remplir ce vide, mais rien ne semble suffire. »
La notion de déprivation peut aider à comprendre certaines de ces expériences.
Qu'est-ce que la déprivation ?
Nous pouvons être privés de quelque chose que nous n'avons jamais connu. Mais nous pouvons aussi être privés de quelque chose que nous avions connu et qui avait pris une place importante dans notre vie.
C'est cette deuxième situation que le terme de déprivation cherche notamment à désigner.
Il ne s'agit donc pas simplement d'un manque. Il s'agit de la perte de quelque chose qui avait été présent, qui avait compté et qui avait apporté une forme de sécurité, de plaisir ou de réconfort.
Par exemple, nous pouvons perdre une personne qui nous rassurait, une relation dans laquelle nous nous sentions aimé, un environnement dans lequel nous avions nos repères ou une situation qui nous donnait le sentiment d'être à notre place.
La disparition de cette présence peut alors être beaucoup plus douloureuse que nous ne l'avions imaginé.
Pourquoi certaines absences sont-elles si difficiles à supporter ?
Nous ne réagissons pas tous de la même manière à une séparation.
Pour certaines personnes, une perte peut être douloureuse mais progressivement devenir un souvenir. Pour d'autres, l'absence semble rester très présente, parfois longtemps après l'événement.
La souffrance peut alors prendre différentes formes : tristesse, anxiété, colère, sentiment de vide, difficulté à être seul, besoin de retrouver ce qui a été perdu ou impression de ne plus être tout à fait soi-même.
Il peut également arriver que nous cherchions à remplir ce vide par différentes activités ou différents comportements : manger, travailler excessivement, multiplier les relations, acheter, consommer, dormir ou au contraire ne plus réussir à nous reposer.
Ces comportements ne sont pas forcément de simples mauvaises habitudes. Ils peuvent parfois être une manière de faire face à quelque chose de difficile à supporter.
Quand le manque devient un vide
Après une perte, nous pouvons ressentir un manque.
Mais le manque n'est pas toujours vécu de la même manière.
Il est possible de savoir ce qui nous manque et de pouvoir en parler : une personne, une relation, une période de notre vie, un projet.
Dans d'autres situations, nous ressentons surtout un vide sans parvenir à identifier clairement ce qui nous manque.
Nous pouvons alors chercher quelque chose pour nous sentir à nouveau « remplis ».
Une personne peut par exemple manger lorsqu'elle se sent vide, chercher constamment la présence des autres ou avoir besoin de rester occupée pour ne pas penser à ce qu'elle ressent.
Le comportement peut apporter un soulagement temporaire sans pour autant faire disparaître ce qui se trouve derrière.
Une perte ne concerne pas seulement ce qui a disparu
Lorsqu'une personne disparaît de notre vie, ce n'est pas seulement sa présence qui est perdue.
C'est parfois aussi une partie de notre quotidien, de nos habitudes, de nos projets ou de l'image que nous avions de nous-mêmes.
Une séparation peut ainsi remettre en question beaucoup de choses :
« Qui suis-je maintenant ? »
« Qu'est-ce que je vais devenir ? »
« Est-ce que je vais réussir à vivre sans cette personne ? »
« Est-ce que je retrouverai un jour ce que je ressentais avant ? »
C'est pourquoi une perte peut provoquer une souffrance qui dépasse largement l'événement lui-même.
La déprivation et les premières expériences de séparation
Dès les premières années de la vie, nous découvrons progressivement que les personnes dont nous avons besoin ne sont pas toujours présentes.
Le jeune enfant doit apprendre peu à peu à supporter l'absence de la personne qui s'occupe de lui. Il découvre qu'une personne peut s'éloigner et revenir, qu'une présence peut manquer sans avoir complètement disparu.
Cette expérience participe progressivement à la possibilité de supporter la séparation.
Mais les premières expériences ne sont pas les seules à compter. Notre manière de vivre les séparations se construit tout au long de notre vie, à travers nos relations, nos expériences et les pertes auxquelles nous sommes confrontés.
Une séparation vécue à l'âge adulte peut ainsi réveiller une ancienne manière de vivre l'absence, sans que cela signifie nécessairement qu'un traumatisme précis soit à retrouver dans l'enfance.
Pourquoi une séparation peut-elle réveiller une ancienne souffrance ?
Certaines situations présentes peuvent faire réapparaître des émotions que nous avions déjà connues.
Une séparation actuelle peut par exemple réveiller une peur très ancienne d'être seul, rejeté ou oublié.
Nous pouvons alors être surpris par l'intensité de notre réaction :
« Je ne comprends pas pourquoi cette séparation me fait autant souffrir. »
« Je sais pourtant que cette relation n'était plus bonne pour moi. »
« Pourquoi est-ce que je me sens complètement perdu ? »
Notre réaction ne dépend donc pas uniquement de ce qui vient de se passer. Elle peut aussi être liée à la manière dont cette situation résonne avec notre histoire personnelle.
Déprivation et deuil
Faire le deuil d'une personne ou d'une situation ne signifie pas oublier ce qui a existé.
Cela signifie progressivement pouvoir accepter que ce qui a été présent ne l'est plus de la même manière.
Il faut parfois du temps pour que la réalité de la perte puisse être véritablement intégrée.
Nous pouvons continuer à penser à la personne, ressentir de la tristesse ou garder une place pour elle dans notre histoire tout en parvenant progressivement à vivre sans sa présence.
Le deuil ne consiste donc pas à supprimer le souvenir. Il consiste plutôt à pouvoir conserver ce qui a compté tout en acceptant l'absence.
Quand le deuil semble impossible
Il arrive que la perte reste particulièrement difficile à accepter.
Nous pouvons alors avoir l'impression d'attendre encore quelque chose : un retour, une explication, une réparation ou simplement la possibilité de retrouver ce que nous avions perdu.
La personne peut rester psychiquement très présente.
Il peut alors être difficile de faire une place à ce qui vient après.
Cette situation peut se traduire par une tristesse persistante, une impression de vide, des difficultés relationnelles ou le besoin de retrouver constamment une personne ou une situation qui puisse apporter le sentiment perdu.
Il ne s'agit pas de décider volontairement de « passer à autre chose ». Certaines séparations demandent un véritable travail psychique.
La frustration et le sentiment de manque
Dans la vie, nous sommes régulièrement confrontés à la frustration. Nous ne pouvons pas toujours obtenir ce que nous désirons, au moment où nous le désirons.
Apprendre à supporter cette frustration fait partie de notre développement.
Mais nous n'avons pas tous la même capacité à accepter une absence ou une situation qui ne correspond pas à ce que nous espérions.
Une frustration peut alors prendre une importance considérable. Ce qui est perdu ou inaccessible peut occuper toutes nos pensées.
La question peut alors devenir :
« Pourquoi est-ce si difficile pour moi d'accepter que je ne peux pas avoir ou retrouver ce que je désire ? »
Cette question peut permettre d'aller au-delà de la situation actuelle et de comprendre ce que cette perte représente pour nous.
Quand nous cherchons à remplir le vide
Lorsque nous ressentons un vide intérieur, nous cherchons naturellement à le faire disparaître.
Nous pouvons nous jeter dans le travail, manger davantage, multiplier les activités, rechercher constamment une relation ou avoir besoin d'être entouré.
Ces solutions peuvent fonctionner pendant un certain temps.
Mais si le comportement sert surtout à ne pas ressentir ce qui fait souffrir, le vide peut réapparaître dès que le comportement s'arrête.
Il peut alors être intéressant de ne pas seulement chercher comment remplir ce vide, mais de chercher à comprendre ce qu'il représente.
Que peut apporter une psychothérapie analytique ?
Consulter un psychologue ou un psychothérapeute peut permettre de parler de ce qui est difficile à comprendre ou à supporter.
Vous n'avez pas besoin de savoir exactement ce qui vous fait souffrir pour commencer.
Vous pouvez simplement dire :
« Depuis cette séparation, je ne vais plus bien. »
« Je ressens un vide et je ne comprends pas d'où il vient. »
« J'ai l'impression qu'il me manque quelque chose. »
« Je sais que cette personne est partie, mais je n'arrive pas à l'accepter. »
C'est à partir de ce que vous apportez que le travail peut commencer.
Dans une psychothérapie analytique, il ne s'agit pas seulement de chercher à faire disparaître le symptôme ou de vous apprendre à ne plus penser à ce qui vous fait souffrir.
Il peut être intéressant de comprendre ce que cette perte vient toucher en vous.
Pourquoi cette absence est-elle si douloureuse ?
Qu'est-ce que cette personne représentait pour vous ?
Qu'attendiez-vous de cette relation ?
Pourquoi est-il si difficile de vous séparer ?
Qu'est-ce qui se répète éventuellement dans votre histoire ?
Parler permet parfois de donner un sens à ce qui n'en avait pas
Lorsque nous souffrons, nous cherchons naturellement à comprendre. Pourtant, certaines expériences sont difficiles à mettre en mots.
La parole permet progressivement de revenir sur ce qui s'est passé, sur ce que nous avons ressenti et sur la manière dont nous avons vécu la perte.
Au fil des séances, un souvenir peut revenir, une émotion peut être reconnue ou un lien peut apparaître entre une situation actuelle et une expérience plus ancienne.
Il ne s'agit pas de chercher absolument une cause cachée à toute souffrance. Il s'agit de permettre à ce qui est vécu de prendre progressivement une place et un sens dans votre histoire.
Retrouver une relation plus libre avec soi-même
Faire face à une déprivation ne signifie pas retrouver exactement ce qui a été perdu.
Certaines pertes sont définitives et certaines absences ne peuvent pas être réparées.
Le travail psychique consiste plutôt à pouvoir reconnaître ce qui a compté, accepter progressivement ce qui n'est plus là et continuer à construire sa vie avec cette histoire.
Ce qui a été vécu peut rester important sans empêcher de vivre le présent.
Il devient alors possible de ne plus chercher constamment à retrouver ailleurs ce qui a été perdu.
On peut garder le souvenir de ce qui a été bon tout en retrouvant progressivement la capacité d'investir d'autres relations, d'autres projets et d'autres sources de satisfaction.
Vous n'avez pas besoin de comprendre seul
Une souffrance liée à une perte peut parfois être difficile à expliquer à son entourage.
Les proches peuvent dire :
« Il faut tourner la page. »
« Le temps fera son travail. »
« Il faut passer à autre chose. »
Mais chacun ne vit pas une séparation de la même manière.
Si vous avez le sentiment qu'une absence continue à prendre beaucoup de place dans votre vie, ou si vous cherchez sans cesse à remplir un vide que vous ne comprenez pas, une psychothérapie peut être un espace pour en parler.
Il ne s'agit pas de nier le manque, mais de comprendre ce qu'il représente pour vous et de retrouver progressivement la possibilité de vivre avec votre histoire sans qu'elle empêche votre présent.
Comprendre ce qui nous manque peut parfois permettre de découvrir ce que nous cherchons réellement.
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