Quatrième de couverture «Au terme de cette enquête […] je souhaiterais formuler le résultat suivant : dans le complexe d’Œdipe se rejoignent les débuts de la religion, de la morale, de la société et de l’art, en totale concordance avec ce constat de la psychanalyse que ce complexe constitue le noyau de toutes les névroses, pour autant que notre intelligence soit parvenue à en forcer l’accès. C’est pour moi une grande surprise que même ces problèmes relatifs à la vie psychique des peuples soient susceptibles d’être résolus à partir d’un unique point concret, comme l’est le rapport au père. » Sigmund
Totem et Tabou de Sigmund Freud, publié en 1913, traite des cultures primitives et des religions et du social. Il s’efforce de reconstituer, à sa manière, l’histoire de la morale sociale. C’est le croisement de théorie ethnologiques et de données cliniques que nous propose S. Freud en s’appuyant sur la névrose obsessionnelle, et s’étayant des recherches de Frazer et Wundt. Il tente de faire un parallèle entre organisation sociale, religieuse, le totémisme, et les règles sacrées qui dirigent les comportements, le tabou. Freud observe en effet que là où il y a du totémisme il y a risque de l’inceste et il rapproche cette crainte de l’inceste du primitif à celle du névrosé. On peut lire en sous-texte le mythe grec d’Œdipe auquel il ne manque pas de se référer mais en toute discrétion.
La psychologie des peuples primitifs se rapprocherait de la psychologie du névrosé nous dit Freud. Dans les peuplades Australiennes, seuls les hommes murs détiennent et représentent l’autorité. Ils n’admettent pas l’inceste et cela semble régir leur organisation sociale. Le totémisme remplace le système religieux et est représenté dans chaque clan, chaque famille. (41) Il est respecté de par l’intention qui lui est prêtée.
Puisqu’il sait tout, qu’il voit tout, qu’il sanctionne, qu’il est intouchable, et est même vénéré par des danses (défouloir pulsionnel), qui représentent ses particularités, alors il est une identification narcissique qui renvoie à l’idéalisation, au phantasme d’une croyance, le totem est un héritage maternel ou paternel, un Surmoi ancestral. (42) De ce fait sa représentation en fait un lien indestructible plus haut que la lignée et la famille. (43) Il est représentant de la loi puisqu’il rappelle qu’« il est interdit au membre du même totem d’avoir des relations sexuelles les uns avec les autres et donc aussi de se marier entre eux ». (44) Le lien entre le totem et exogamie est créé, le totem protège de se marier et d’avoir des relations sexuelles entre-soi, autrement dit, il interdit, entre autres, les rapports incestueux. (45) La mort est le châtiment à la transgression de cet interdit . (45) le Totem représente la lignée et aucun lien sexuel n’est autorisé, il s’agit d’un lien de sang. (54-55). Pour exemple chez les Akambail le mariage a une telle valeur que dès qu’il est célébré il écarte toute possibilité d’inceste entre un père et sa fille (étonnant non ?). Il est intéressant de lire toutes les coutumes relatées car ce qui prévient le risque de l’inceste est figuré à l’extrême: du regard qui doit échapper à l’autre, de l’approche distancée, des traces dans le sable que le garçon ou la fille ne doit pas suivre ou s’en détourner, que ce soit envers la mère ou la sœur, les interdits répriment ces mouvements et sont intransigeants. (57)
(62 – 67) Parmi les causes qui forcent à installer la loi, l’idée du désir entre gendre et belle-mère, qui est aussi coutumier dans les sociétés occidentales. Freud en donne la signification par le fait que le premier objet amoureux est la mère et que celui-ci est refoulé et la névrose, dit-il, serait le désir incestueux infantile. (67) Il suggère que les mêmes désirs chez les primitifs ne sont pas refoulés, d’où les rituels d’évitement entre sexe d’un même totem. (Je m’interroge quant à l’impact de cet interdit qui propose de lui-même d’aller découvrir ce qu’il se cache derrière, d’autre part n’installe-il pas le sujet dans une forme d’infantilisme qui n’assure pas un développement de la pensée réfléchi et responsable ?)
(70) Le tabou et l’ambivalence des sentiments. Le sens strict du tabou selon 3 points : le caractère sacré de personne ou de chose ; le type de restriction ou de chose ; le caractère sacré qui découle de la violation de cet interdit. Ainsi il y a l’idée du sacré et de son contraire qui serait l’impur. (71) Le tabou protège l’un et l’autre dans une relation qu’elle soit d’autorité ou pas de sorte qu’elle vise à protéger le respect, la faiblesse, l’organisation contre les dangers. (Le tabou est force de protection des faibles et évite aux profiteurs d’en faire bénéfice). Plusieurs tabous sont à distinguer : Un qui est naturel et issu d’une « force mystérieuse » qui est rattachée à une personne ou à une chose, et un autre de même nature qui est communiqué par hérédité, transmis par une autorité. Leurs objectifs sont de protéger les autorités, sécuriser les faibles, femmes, enfants, et « gens ordinaires » ; protéger des dieux et des démons ; protéger la propriété individuelle ; protéger les enfants à naître ; protéger les activités sexuelles ; protéger l’initiation masculine ; protéger le mariage. Il peut être dit que le tabou est régisseur de l’organisation vertueuse et vise à en faire un système élaboré de bien vivre ensemble dans la même communauté. (72) Le tabou, de par sa force mystérieuse, puni de lui-même et par conséquent il se protège de lui-même ; mais il est aussi protégé par la société par les systèmes pénaux. (76) Le tabou primitif ne serait pas si loin de nos croyances occidentales et de leur impératif lié au concept moral de Kant.
(79) À l’origine la plus primitive, les recherches de Wundt conduisent à comprendre que le tabou serait régi par la peur des puissances démoniaques. En d’autres termes si la loi est transgressée, le châtiment viendra du démon. (80) Le tabou serait situé entre le sacré et l’impur. Dès lors que le sacré est touché alors le démon châtierait en frappant d’impureté le responsable du toucher ou de l’attouchement. La crainte étant la peur de la sanction du sacré vers l’impur et rappelle Freud à la névrose obsessionnelle et il s’approche doucement de ses déductions sans trop de hâte. C’est par la crainte que le pouvoir règne ainsi la croyance dans le sacré réside dans la crainte de l’impur. (81) De cela, il évoque l’idée de l’ambivalence entre respect du sacré et répulsion de l’idée du démon démoniaque. J’entends par conséquent que le répulsif est faire-valoir du sacré.
(82) Pour remonter aux origines de l’ambivalence entre respect et répulsion concernant le tabou Freud fait référence à l’obsessionnalité : (83) Les interdits contenus dans ces deux formes doivent faire face à l’angoisse de castration et obligent au respect du contenu de ces deux formes sous peine de châtiment. (86) Les points communs entre tabou et obsessionnalité sont que les commandements ne sont pas motivés, c’est-à-dire inconscient ; ils sont renforcés par une coercition interne par les angoisses et la conscience morale ; ils sont capables de déplacements et présentent un danger de contagion par la chose interdite ; ils suscitent des actions de cérémoniales, des commandements émanant des interdits. En d’autres termes la vraie raison de l’obsessionnalité apparente dirigée vers des choses, des pensées ou autres, ne serait qu’un travestissement qui révélerait une interdiction dans l’enfance, un tabou. Ah nous y voilà ! (85 – 89) Il décrit l’obsessionnalité comme l’interdit du toucher. Les pulsions sexuelles réprimées créent une tension qui demande sa décharge. L’inconscient du sujet cherchant sa satisfaction va opérer un déplacement sur des objets. Il est mis en contrainte d’exécuter un cérémonial pour satisfaire la décharge. L’ambivalence psychique fait osciller le sujet entre l’interdit du désir et le désir inconscient de transgresser l’interdit, poussé par la pulsion réprimée. Interdit du désir et désir de transgression qui change et la migration dépend de la pulsion refoulée, donc le désir inconscient de toucher. Je le disais bien que l’interdit entraîne la curiosité qui elle-même entraîne l’interdit, etc… Il est utile de se rappeler de l’ambivalence entre sacré et impur (Plus haut) et il serait opportun de penser à l’enfant, à l’entrée dans la phase phallique pour lire entre les lignes de la pensée de Mr Freud.
(89) L’inhibition de la pulsion et de l’interdit produit, sous la pression du désir inconscient de satisfaction, la compulsivité de la conduite, « c’est une loi de l’affection névrotique que ces actions compulsives se mettent de plus en plus au service de la pulsion et se rapprochent de plus en plus de l’action primitivement interdite ». Donc en d’autres termes, répression de la pulsion, puis refoulement, la pulsion va chercher à se défouler vers l’extérieur pour satisfaire sa décharge mais comme il y a répression de soi-même elle est aussitôt refoulée et déplacée sur des choses acceptables qui ne viennent pas bouleverser l’ordre du tabou qui s’instaure de lui-même et par héritage. Cela est bien une contrainte, hum intéressant…
(90) Le tabou sur le modèle de l’interdit de contrainte. Si le tabou est transmis par l’autorité parentale et sociale alors il fait naître l’idée de la transgression sinon l’interdit n’a pas lieu d’exister. Exact ! Par conséquent la transmission met en émergence l’ambivalence du sujet, c’est-à-dire d’une part de l’interdit et d’autre part le désir de rencontrer et découvrit ce qui est interdit, y mettre du sens. Je le disais récemment (91) Ne pas tuer ce qui représente l’interdit et ne pas avoir des relations sexuelles intra-totémique devient le point nodal de la névrose. (92) L’idée que le porteur de l’interdit est envié par ceux qui veulent porter l’interdit comme si être détenteur de l’interdit devient un pouvoir à conquérir. Néanmoins le tiers devient le représentant de l’interdit et transgresseur de l’interdit dans la représentation de celui qui est en place de respecter l’interdit. Puisque le porteur de l’interdit, le totem, induit l’interdit qui est lui-même responsable de ce qui est interdit donc absent alors l’idée est bien la prise de pouvoir pour résoudre la problématique de l’ambivalence et jouit à la fois d’être le représentant de l’interdit et jouir de l’objet interdit. L’idée de la loi devient l’idée non pas de transgresser l’interdit mais de trouver un autre objet, différent. D’où l’idée de l’identification au totem pour soi-même exercer ce qui dans ce cas n’est plus tabou puisqu’en dehors du clan totémique. C’est un peu le Vizir à la place du Vizir dans Iznogoud.
(98-99) Freud fait un parallèle entre le névrosé obsessionnel et le tabou en identifiant les cérémoniaux qui permettent l’apaisement de la culpabilité. (120) Il fait la comparaison entre « le sauvage et son souverain » et le père et son fils : le caractère infantile se soumet à l’autorité. L’accent est mis sur l’action compulsive du névrosé et notamment de l’obsessionnel : « La pulsion réprimée et celle qui réprime se rencontrent pour une satisfaction commune et simultanée. L’action compulsive est prétendument une protection contre l’action interdite, mais nous voudrions dire la répétition de ce qui est interdit. » Voilà bien effectivement le tourne en rond de la névrose. Freud visite et énonce les différents penchants, sentiment et assentiments, envers la mort, l’autorité, l’interdit, la transgression, la contrainte de l’ambivalence qui serait finalement elle-même transmise de névrose en névrose.
(135) À propos de la mort, il apparaît, nous dit Freud, que le sujet qui s’attribuerait la culpabilité de la mort d’un proche alors qu’il n’en est pas l’auteur, ni la cause et qui invoquerait qu’il aurait pu éviter ce drame, serait en fait un désir de mort dissimulé et dénié : « Les reproches obsessionnels » font partie de « l’ambivalence des sentiments humains ». L’ambivalence des sentiments est une des caractéristiques de l’obsessionnel. (139) Il est intéressant de rapprocher « les sentiments envers les morts » que Freud décrit entre tendresse et hostilité. Notons qu’à la période de l’adolescence il existe l’obsessionnalité et l’hystérie créant ainsi un conflit existentiel retraçant l’ambivalence des sentiments entre tendresse et hostilité vers l’une ou l’autre figure tutélaire. Le clivage pulsionnel entraîne, selon le destin des pulsions, soit un retournement contre soi de l’hostilité entraînant la culpabilité, soit une projection de l’hostilité pour se défaire de la culpabilité.
(146) Freud souligne que « l’interdiction du tabou doit être comprise comme le résultat d’une ambivalence de sentiment. » Voilà le cœur du conflit œdipien. (147) Freud définit la conscience morale comme « la perception interne du rejet de certains mouvements désirants qui existent en nous. ». (148) La culpabilité serait issue comme la perception des condamnations intérieures des actes par lesquels nous avons accompli certains mouvements de désir. Le tabou est un « commandement de la conscience morale et le violer fait naître un épouvantable sentiment de culpabilité qui est aussi indiscutable qu’inconnu quant à sa provenance. » Freud rappelle Œdipe « que même sans le savoir, celui qui a commis l’acte porte la culpabilité ». (149) Toujours concernant la névrose obsessionnelle, il s’avère que lorsque le désir originaire est refoulé alors la libido se transforme en angoisse qui reste un signal d’alarme d’une anticipation. Le tabou reste un interdit du désir puisque s’il n’y a pas de désir, l’interdit de celui-ci n’a pas de raison d’être. (150) Se référant à ce principe et son contraire, Freud s’interroge quant à l’interdiction de tuer : Y aurait-il le désir de tuer ? Il part de la position ambivalente de l’impulsion de tuer.
Concernant les névroses, « ce n’est pas ce qui a été vécu qui forme le symptôme mais bien ce qui a été pensé de ce qui a été vécu ». Freud parle des représentations chargées d’affect. (178) Faisant référence aux névrosés obsessionnels, « il apparaît que la toute-puissance des pensées, la surestimation des processus psychiques par rapport à la réalité, agissent sans aucune limite dans la vie affective du névrosé et dans toutes les conséquences qui en découlent. » Le thème inconscient de la mort semble être contourné par des actions « magiques » (superstition) vers lesquels il y a eu déplacement de l’interdit. Le thème de la mort est bien entendu à rapprocher de la castration, le désir interdit. (180) Freud nous avertit d’un stade qu’il nomme narcissique et qui se trouverait juste après celui de l’autoérotisme et qui se poursuivrait durant le stade du choix d’objet (le stade secondaire) « l’homme reste dans une certaine mesure narcissique, même après avoir trouvé des objets extérieurs pour sa libido. Les investissements d’objet auxquels il procède sont en quelque sorte des émanations de la libido qui restent attachées au Moi et sont susceptibles d’être retirées et ramenées à elle. » Les limites du tabou qui ne doivent pas être transgressées sous peine du châtiment du divin ou d’autres formes d’autorité reposent surtout sur « l’interdiction qui est faite aux membres du même clan totémique de se marier les uns avec les autres et même plus généralement d’avoir entre eux la moindre relation sexuelle. », L’exogamie, l’interdit de l’inceste.
(213) le thème du nom réapparait comme un signe d’appartenance à un groupe pour se « distinguer d’un autre groupe. Le totémisme aurait répondu aux besoins prosaïques de la société humaine, le pragmatisme des lois organisatrices. (217) le nom du clan comme représentant de l’identité d’un groupe, la croyance en un « lien transcendantal entre tous les porteurs et les préjugés du sang font la portée signifiante du nom. » Ici le lien entre le nom et la représentation narcissique du nom est tout à fait intéressant puisqu’elle relie à un groupe, elle relie au tabou de l’inceste et par conséquent au respect, donc de la protection, et à la lignée, « le nom d’un être est une composante de sa personne, peut-être de son âme ». (219) Concernant l’apparition du totem, d’un point de vue sociologique, et s’appuyant sur E. Durkheim, Freud écrit « le totem est le représentant visible de la religion sociale et de ces peuples. Il incarne la communauté qui est en fait l’objet du culte. » D’un autre point de vue sociologique, le totem serait à l’origine une représentation de clan lors de commerce exercé vers d’autre communauté.
(224 - 229) Psychologiquement, il apparaît difficile de justifier de l’apparition du totem. La piste animiste semble être considérée et l’apparition du totem serait la représentation des âmes transmises à un clan par les animaux possédant une âme.
(230 – 231) Du totem et de l’exogamie. Le lien entre totem et exogamie est indiscutable, néanmoins il apparaîtrait que l’exogamie viendrait après l’instauration du Totem et de ses tabous. (233) Freud pose la question de l’origine de l’interdit de l’inceste qui serait la racine de l’exogamie. (236) Frazer donne son hypothèse selon laquelle « ce que le Moi interdit aux hommes c’est uniquement ce qu’ils seraient susceptibles de faire s’ils cédaient à la pression de leurs pulsions. Ce que la nature elle-même interdit et puni, la loi n’a pas besoin d’emblée de l’interdire ni de punir. » Frazer poursuit par déduction que l’inceste est concerné par un instinct naturel, une pulsion. Freud approuve ses dires en invoquant le caractère incestueux de l’adolescent et que son refoulement n’est pas sans être en lien avec la névrose qui en résultera. (238) Néanmoins Freud se résigne à dire qu’à ce stade de ses recherches, l’origine de la raison de l’interdit n’est pas découverte. (240) C’est en se rapprochant de la horde primitive de Darwin où ce qui domine est l’autorité du mâle mur qui se réserve son droit sur les femmes du clan face à la jalousie des jeunes du clan qui sont évincés de toute activité de rapprochement sexuel à l’intérieur et qui doivent de fait trouver ce qu’ils cherchent mais à l’extérieur. Cette observation de Darwin signifie en tout point un des objectifs de la loi du père. Ici on voit l’autorité, la jalousie, la crainte et l’interdit. Concernant l’autorité et la jalousie, ne serait-ce pas les ingrédients d’un narcissisme primaire et secondaire qui serait à l’origine du principe d’exogamie ou autrement dit du tabou de l’inceste ? (242) Freud fait le lien avec l’étude des primitifs et l’animisme animal et l’attrait que l’enfant en bas âge a pour les animaux qui se transforme en grandissant en forme de phobie. Son étude le conduit à convenir au travers du récit de Hans et de Arpad de Ferenczy que la peur de l’animal est un déplacement de la crainte du père, crainte de l’interdit, crainte du châtiment de la castration. Le déplacement est celui de ce sentiment d’hostilité envers le père. Néanmoins cette hostilité dévoile que le chemin des pulsions orienté vers la mère est barré par le père et que l’enfant s’identifie à lui tout de même. Cette identification en même temps que l’hostilité créant une ambivalence des sentiments vers le père de l’enfant pour ses pulsions vers la mère crée nous dit Freud le complexe d’Œdipe « et dans lequel nous voyons le complexe nucléaire des névroses en général ». (246) C’est en déplaçant l’hostilité sur l’objet phobique que l’enfant aurait pu résoudre son conflit d’ambivalence vers le père, mais c’est en vain car (248) « dans le complexe d’Œdipe comme dans le complexe de castration, le père joue un seul et même rôle, celui de l’adversaire redouté des intérêts sexuels de l’enfant. » (249) la concordance entre le complexe d’Œdipe et le totem réside dans l’identification à celui-ci et « l’ambivalence des sentiments à son égard. »
(264) Le repas totémique. « La psychanalyse nous a révélé que l’animal totem est réellement le substitut du père et de là s’accordait sans doute avec la contradiction qu’il soit interdit par ailleurs de le tuer et que le tuer puisse donner lieu à une fête, qu’on tue l’animal et que pourtant on le déplore. » Freud poursuit en disant que le complexe paternel chez l’enfant et l’adulte est du même ordre que l’animal totem. L’idée principale de Darwin et de la Horde primitive serait que les fils rejetés du clan se réuniraient pour tuer le père et le manger et enfin devenir le sacré, le totem. C’est bien à partir de la réunion des fils et de leurs pulsions morbides, hostiles au père, que va s’opérer la mise à mort du père. Mais une fois réalisé et repu, le sentiment d’hostilité ayant trouvé sa satisfaction dans sa décharge, surgit de l’ambivalence propre à chacun le sentiment de tendresse au père. Celui-ci fait naître le repentir issue de la culpabilité d’avoir tué le père. Culpabilité qui représente ce qui a été « interdit autrefois par la personne du père ». Par « l’obéissance après coup » ils se l’interdirent. L’interdit de l’inceste, nous dit Freud, se serait créé par l’idée que les fils regroupés, avec leur culpabilité organisatrice de la conscience morale, au sein de l’organisation se seraient puni en s’infligeant de ne pas toucher aux femmes du clan mais d’aller chercher ailleurs, à l’extérieur. C’est donc par la culpabilité d’avoir tué le père mué par les sentiments d’ambivalence que l’interdit du tabou de l’inceste est né au sein de l’organisation : (270) « la religion totémique était issue du sentiment de culpabilité des fils en tant que tentative pour apaiser ce sentiment et se concilier le père offensé par l’obéissance après coup. » (272) Ainsi les religions se seraient créées à partir du totémisme, de la culpabilité du repentir, de la pénitence, et auraient organisé les sociétés.