CHAPITRE 5. LE GENRE NEUTRE -
Dans ce chapitre André Green conduit sa réflexion sur la bisexualité psychique & physique et poursuit son exposé sur l’influence de la relation parentale et sur la détermination de l’orientation sexuelle du sujet. Une dramatique à trois où l’influence des protagonistes met en scène la névrose respective de ceux-ci.
La sexualité et la psychosexualité
La différenciation organique du sexe masculin de celui du féminin est caractérisée par des éléments biologiques qui sont actives et d’autre part passives. Au-delà de cette formation physique il réside la formation psychologique qui sera conduite par le relais humain comme 1er organisateur « le relais humain sera le déterminant fondamental de la sexualité de l’individu ».
Le désir parental et la sexualité infantile
André Green nous dit que le sexe de l’enfant sera attribué par le désir parental. Au-delà de sa nature, de sa naissance jusque l’âge de deux ans et demi environ, il sera déterminé par la relation mère-enfant.
Freud
Alors que Freud a mis en exergue la bisexualité psychique et biologique, il s’est souvent réfugié derrière cette dernière pour justifier sa nature. Green nous dit qu’à l’heure d’aujourd’hui (1973) les théories sur la libido sous-estiment la relation mère enfant dans la sexualité du sujet.
Mélanie Klein et Winnicott
Pour Green La théorie kleinienne n’a pas mis à sa juste valeur la castration, la différenciation des sexes, la bisexualité, et tout cela au « profit de la problématique agressive ». Winnicott s’appuyant sur la relation parent-enfant met en exergue les influences des relations parentales même s’il met de côté la place donnée au « rôle du père et à la sexualité parentale ». Au contraire Green voit l’influence des trois protagonistes tout d’abord par le lien pulsionnel Ça-Moi enfant et Moi-Ça mère faisant intervenir métaphoriquement le père.
L’« empreinte du désir » : le fantasme parental
C’est par l’empreinte de la perception du corps de l’enfant par la mère dans la relation mère-enfant comme forme sexuée que va s’instituer la fonction monosexuelle du sujet. Tout ce qui dépend du rejet, de la méconnaissance de la bisexualité psychique, de la valorisation d’un sexe au détriment d’un autre, de l’intolérance inconsciente, de la culpabilisation, etc. consigne l’influence du parent « lui-même pris dans un conflit relatif à la bisexualité psychique » (P235)
Bisexualité psychique et phantasme personnel.
« La psychosexualité d’un individu est dominée par le fantasme de la mère » (P235) ces phantasmes sont à relier à l’œdipe entre acceptation de soi différencié, désir de l’autre et de soi, symbolique de l’enfant à naître. Par ailleurs la bisexualité psychique s’organise autour du phantasme de l’autre sexe qui pourrait être obtenu.
Le conflit psychique et le phantasme de la scène primitive
Le sexe du sujet dépend du désir et du phantasme parental et la manière dont celui-ci est réceptionné par le sujet. Le second organisateur est le conflit dans le phantasme de la scène primitive qui est constitué d’une part par le narcissisme préalablement élaboré et par les pulsions agressives.
Le genre neutre
Le conflit précédemment désigné peut autant contribuer à l’organisation de la bisexualité comme à son anéantissement. Dans ce cas ce qui apparaît comme le complément ou la contrepartie de la bisexualité psychique est « le phantasme du genre neutre, ni masculin, ni féminin, dominé par le narcissisme primaire absolu. »
Complexe d’œdipe et complexe de castration
Le complexe d’œdipe apparait comme le 3ème organisateur de la bisexualité psychique. La double identification masculine et féminine d’intensité différente est complémentaire et contradictoire. Green nous rappelle que « le complexe d’œdipe n’est opératoire – au sens strict et spécifique que le terme de castration désigne – que lorsqu’est acquis le sens du sexe auquel l’individu appartient. » (P237). Son dépassement dépend de l’organisation des castrations précédentes à la phase orale et anale et des fixations qui pourraient freiner la réorganisation de la bisexualité psychique et freinant le passage à une sexualité adulte ou avec des résidus objectaux et infantiles.
Réalité sexuelle et réalité psychique
Au moment de l’œdipe, le conflit est entre la réalité sexuelle qui est celle du sexe déterminé et la réalité psychique qui est celle « du phantasme convergent ou divergent avec le sexe déterminé ». Le conflit divergent ou convergent pourra conduire à des régressions de type oral, anal, ou conflit névrotique.
Féminité originaire et refus de la féminité.
De la relation maternelle, pulsionnelle, à la base de la formation primaire des premières instances, contribue à intégrer pour les deux sexes la part de féminité. Dans les deux cas Green reprend Freud « C’est la féminité qui est le plus difficilement acceptable dans les deux sexes ». C’est au stade phallique que la formation secondaire va se développer par identification et va donner place chez le garçon à la masculinité et chez la petite fille à la féminité secondaire approprié.
Différence des développements sexuels du garçon et de la fille.
L’objet maternel reste primordial même si les destins des développements masculin et féminin diffèrent. Le petit garçon par déplacement retrouvera l’objet semblable dans le sexe opposé tandis que la petite fille par renversement en son contraire trouvera un sexe différent. Green nous dit que « cette spécificité du développement féminin rendrait compte des difficultés propres à la sexualité féminine. »
Limites de l’intervention psychanalytique
Même si les évolutions culturelles et les conceptions qui en découlent influencent catégoriquement et théoriquement les points de vue, il n’en dépend pas moins que les influencent parentales se retrouvent dans les cas cliniques et suivent les courants qui s’inscrivent dans les influences relationnelles.
Bisexualité et narcissisme primaire: Le genre neutre
Concernant la bisexualité, Green nous dit que l’opération du transfert dans l’analyse identifie fréquemment le conflit dû à la bisexualité psychique qui met en cause également la difficulté de l’analyste à accueillir le transfert de l’analysant au « sexe qui n’est pas le sien ». Dans d’autres cas la bisexualité est affichée ou réalisée et plus loin encore l’analyste accueille la transformation de la sexualité. Concernant la bisexualité, « la revendication de la bisexualité réelle est refus de la différence sexuelle en tant que celle-ci implique le manque de l’autre sexe. »(P244) Reprenons que l’envie du pénis est soumise pour le garçon au phantasme de la castration c’est-à-dire de ne plus avoir ce qu’il a et pour la petite fille le phantasme de l’autre sexe complémentaire au sien de ce qu’elle n’a pas. Mais Green nous rappelle que le pénis est autre que le morceau de chair, il est le pouvoir « qu’il confère et qui lui sont conférés par le désir parental ». D’un autre point de vue, les cas rares de l’a-sexualité confèrent la neutralité des genres, le genre neutre. Il découlerait du désir de pouvoir absolu dont le narcissisme absolu ne serait pas étranger et qui dirait « puisque je ne peux pas avoir tout alors je ne serai rien » (P245). Cette idée, souligne Green, n’est pas à confondre avec le masochisme primaire, il s’agit plus exactement « de l’extinction de toute excitation, de tout désir, quel qu’il soit, agréable ou désagréable. Cette fascination de la mort sous-tend un fantasme d’immortalité ». (P246)